Comment tuer le temps quand la vie consiste à attendre la mort ?


Retranscription de l’audio : 

Comment tuer le temps quand la vie consiste à attendre la mort ? Cela signifie que lorsqu’on connait la libération, la vie nous met face à de moins en moins d’expériences. Un expérience c’est quoi ? C’est lorsque survient un événement dans votre vie, si vous réagissez à cet événement on peut le qualifier d’expérience, là où si vous n’y réagissez pas on ne peut plus le qualifier d’expérience. Le fait que vous réagissez signifie que cet événement vient refléter, par votre réaction, quelque chose qui est en vous et sur lequel il y a encore à travailler. Maintenant à mesure que vous êtes libéré de la personne et qu’il y a de moins en moins à travailler sur vous, voir plus du tout, eh bien la vie va vous mettre face à de moins en moins d’expériences. Et en parallèle de cela vous serez de moins intéressé par les choses éphémères de ce monde, ce qui fait que progressivement, vous allez vous retrouver avec un maximum de temps et un minimum de chose à faire. Ce qui pourra vous laisser le sentiment en effet que la vie consiste maintenant à attendre la mort. Ce qui ne veut pas dire que vous êtes au bout du rouleau, complètement lassé, et que vous ne pouvez plus apprécier les choses de ce monde, au contraire, quand vous êtes dans cet état de paix dans l’immobilité ça signifie que vous pouvez apprécier toutes les choses, y compris les plus banales, celles auxquelles la masse des gens ne fait plus attention, mais ça veut dire surtout que vous n’avez plus besoin de rien pour être heureux. Et à partir du moment où vous n’avez plus besoin de rien pour être heureux, vous n’êtes plus dans les projections. Vous savez pertinemment que votre corps va mourir à un moment ou à un autre, maintenant, entre la mort de ce corps et aujourd’hui, il n’y absolument plus rien de programmé, plus de pain sur la planche, donc vous pouvez vous demandez pourquoi la vie vous maintient encore sur cette terre si manifestement vous n’avez plus rien à y faire. Chose à laquelle j’ai déjà répondu dans une vidéo précédente en vous disant que ce que vous apportez au monde est avant toute chose et dans une large mesure votre présence, avant les actes que vous pouvez poser concrètement dans la matière.

Cet état de paix dans l’immobilité est vraiment essentiel, car c’est à partir de là que l’on peut commencer véritablement à agir à partir du cœur et non plus à partir de l’ego, bien que lorsque vous parvenez à cette état de libération l’action n’est plus vraiment nécessaire ou se réduit au stricte minimum.

Ce genre de questions “Comment tuer le temps quand la vie consiste à attendre la mort” peut sembler venir de quelqu’un qui est déprimé voir suicidaire, mais étant moi-même passé par ce genre de questionnements, je savais que c’était à prendre avec légèreté et avec la joie de celui qui connait la libération, puisque de surcroît cette personne me disait être dans une joyeuse solitude, ce qui signifie qu’elle était en paix en dépit du fait que la personne pouvait continuer à se poser quelques questions. La personne qui a toujours besoin d’un petit temps d’adaptation pour s’adapter à une nouvelle réalité.

Je suis donc passé par cette phase là où la vie m’invitait à retrouver la paix dans l’immobilité. C’est à dire qu’elle me présentait des cadeaux à l’extérieur et que lorsque je tendais la main pour les saisir, elle me les retirait comme d’un air de dire : “Détaches toi définitivement de l’éphémère et retourne à cet état de paix dans l’immobilité”.

A ce moment vous pouvez éventuellement culpabiliser, parce que le monde vous a dit qu’il fallait travailler très dur pour réussir, travailler très dur pour devenir quelqu’un, que les gens courageux, travaillent dur… Et vous, vous êtes là, avec un maximum de temps à votre disposition et de surcroît en parfaite paix, donc vous culpabilisez d’autant plus.

Il nous faut alors tout simplement voir clair quant à ce travail acharné qui est à l’oeuvre en ce monde. Pourquoi travailler aussi dur ? Vous allez me dire qu’il y a nécessité de travailler pour subvenir à nos besoins et la vie coûte extrêmement cher en effet. Mais bien avant cette nécessité là, il y a la nécessité de se créer une identité pour se sentir exister et, ce qui va de paire, la nécessité de s’occuper l’esprit continuellement pour échapper à nos démons intérieurs, à notre vide existentiel, à notre mal-être. Et il fort probable, si ce n’est tout à fait certain, que le jour où on n’aura plus besoin de travailler aussi dur pour échapper à ce que je viens de vous expliquer, eh bien par la même, on n’aura plus besoin de travailler aussi dur pour subvenir à nos besoins premiers. Pourquoi ? Tout simplement parce que notre réalité matérielle s’harmonise sur notre réalité intérieure. Donc on voit bien que derrière ce soit-disant courage qu’il y a à travailler dur, il n’y a en réalité, que ce soit conscient ou non, plutôt de la lâcheté. La lâcheté qui fait que l’on échappe toujours à notre réalité intérieure par les choses extérieures. La plupart des gens n’ont aucun mal à passer toute leurs journées à travailler, par contre ils ont énormément de mal dès lors qu’il faut rester à ne rien faire, et demandez-leur de méditer ne serait-ce que dix minutes, la plupart vont ressortir de cette méditation encore plus enragé qu’ils n’y sont entrés. Ce qui signifie que s’il y a un courage quelque part il est d’abord dans le fait de retrouver cette paix dans l’immobilité, autrement dit d’aller voir ce qui se passe véritablement en nous plutôt que de le fuir continuellement. Et si tant est qu’il y ai du courage à travailler dur alors il n’y est qu’à partir du moment où vous n’avez plus besoin de ce travail là pour échapper à quoi que ce soit.

Quand vous ouvrez les yeux sur la réalité de ce monde vous arrêtez une bonne fois pour toutes de culpabiliser. Et la personne ne pouvant supporter cette inactivité, il est vrai qu’elle a besoin d’un petit temps d’adaptation pour s’adapter à cette nouvelle réalité, là où l’être véritable y est parfaitement en paix.

On me dit parfois : “si tu passes ta journée à ne rien faire par exemple, est-ce que tu n’as pas le sentiment d’être innutile, de perdre ton temps ?” Et je répond toujours, évidemment, que absolument pas, et que c’est au contraire quand je passe ma journée à remuer terre et ciel dans les choses éphémères de ce monde qu’à la fin de la journée, je n’ai pas le sentiment d’avoir perdu mon temps non plus, mais je n’ai pas le sentiment d’avoir fait quoi que ce soit, d’une quelconque importance que ce soit. L’éphémère porte bien son nom, il est éphémère, avec un début et une fin, il ne fait que passer et par conséquent on ne l’emportera pas avec nous. Bien au delà de ne pas l’emporter après notre mort, c’est tout de suite maintenant qu’on ne l’emporte pas avec nous. Dès demain vous n’emporterez pas ce que vous avez fait aujourd’hui. Et quelque soit la grandeur de ce que vous avez pu accomplir sur cette terre, ne restera dès demain que des souvenirs, des souvenirs qui ne servent qu’à alimenter l’illusion de l’histoire personnelle, et donc qui ne servent en réalité à pas à grand chose si ce n’est tout à fait à rien ou a vous maintenir encore plus dans l’illusion en vous éloignant de l’être véritable. C’est donc justement quand je passe mes journées à remuer terre et ciel qu’à la fin de la journée j’ai le sentiment d’avoir remué du vent, de n’avoir rien fait de vraiment important. Maintenant si je passe ma journée à ne rien faire, à la fin de la journée je n’ai absolument pas le sentiment d’avoir perdu mon temps, de n’avoir rien fait, alors certes là on est sur cette terre et je ne peux pas vous dire à proprement parlé que j’ai fait quelque chose mais moi à la fin de la journée ça ne me laisse pas le sentiment de n’avoir rien fait et encore moins le sentiment d’inutilité. J’étais dans l’être tout simplement et quand vous êtes dans l’être vous ne pouvez pas ressentir un quelconque manque que ce soit, comme l’inutilité ou le fait de n’avoir rien fait.

C’est donc un état important auquel il faut revenir. Si vous connaissez le processus de libération, que ce soit aujourd’hui, demain, dans dix ans, si tant est que l’on soit encore là dans quelques années, chacun y passera obligatoirement. C’est comme poser les fondations, j’ai déjà employé cette expression, mais tant que vous ne parvenez pas à cet état de paix parfait dans l’immobilité, vous êtes contraint à agir à partir de l’ego et donc chacun se verra ramené dans cet état là obligatoirement par la vie elle-même.

Pour en finir, comment tuer le temps quand la vie consiste à attendre la mort ? A partir du moment où vous êtes libéré de l’être éphémère qu’est la personne, qui a un début et une fin, qui est assujettie au temps, eh bien quand bien même vous êtes toujours sur cette terre et continuez à composer avec ce monde éphémère, votre réalité intérieure n’est plus celle de l’éphémère, et il n’y a donc absolument plus de temps à tuer et parfois ça fait juste du bien de s’entendre dire d’une voie extérieure qu’il n’y a absolument rien d’anormal à vivre ce genre d’état et que bien au contraire, c’est tout à fait bon signe, c’est le signe que vous êtes en train de connaitre la libération si ce n’est que vous l’avez déjà connue.