Ne tournez pas la page, rangez le livre !

Notre passé constitue notre histoire et nous sommes tous formaté par cette histoire passée, qu’elle soit collective ou individuelle, et de laquelle découle nos croyances et nos peurs. Ainsi nous attaquons Maintenant empreint de ces croyances et ces peurs et disposons donc d’une vision continuellement biaisée. Le concept de croyance est à appréhender dans sa totalité. Par exemple si vous êtes timide, vous ne l’êtes aujourd’hui que parce que vous avez développé et renforcé hier la croyance que vous l’étiez. Il ne s’agit donc pas ici uniquement de croyances relatives à une religion, une philosophie, un parti politique où un quelconque mouvement que ce soit.

Ainsi, concernant cette vision biaisée, peut-être que des opportunistes ont jadis profité de votre bonne nature et que vous en êtes aujourd’hui à refreiner vos élans du cœur de peur de vous voir abusé à nouveau. Mais la conséquence de ces élans du cœur refreinés et que le cœur se ferme progressivement, faisant de vous-même la première victime. Là où la spontanéité du cœur ouvre quant à elle le cœur et c’est pourquoi vous en êtes le premier servi. L’autre ne vous blessera qu’à partir du moment où vous acceptez qu’il vous blesse, mais refréner l’élan du cœur le fermera obligatoirement puisque c’est en soi un choix de fermeture. Cela ne veut pas dire qu’il faut tolérer tous les abus mais qu’il ne faut pas accueillir le nouveau avec les peurs de l’ancien. Vous pouvez avoir ces peurs en arrière-plan éventuellement, mais l’amour et l’intelligence doivent vous permettre de les transcender le moment venu. Vous devez discerner ce qui relève du personnage de ce qui relève de l’Être véritable. Sans quoi vous plongerez toujours plus profondément dans les compromis, vous cachant derrière ce même personnage. Si une situation est inharmonieuse, mettez-y un terme. Et si les personnes impliquées dans cette situation ne sont pas disposées à revenir à l’harmonie, coupez les ponts. Mais ne partez pas haineux et aigris, vous n’êtes la victime de personne, vous revenez simplement à l’harmonie, non pas contre qui que ce soit mais sans. La tolérance n’est pas de les supporter tels qu’ils sont pour conserver en douce quelques intérêts que ce soit, c’est encore moins de se faire croire que l’on va pouvoir les aider à revenir dans le cœur, mais c’est de ne pas se sentir altérer par qui ou quoi que ce soit. S’en est en tout cas la conséquence, à partir de laquelle vous êtes libre de mettre un terme à ce que vous ne souhaitez plus voir perdurer. Constater que quelqu’un n’est pas dans le cœur et n’est par conséquent pas disposé à revenir à l’harmonie n’est pas juger, c’est constater. Ce qui ne dois pas empêcher d’accueillir demain cette même personne sans préjugés si vos chemins se recroisaient. Et si vous ne pouvez pas couper les ponts, n’alimentez plus le jeu.

La personne est éphémère et une même personne au sein d’une même vie peu endosser divers rôles, successivement ou simultanément, ou encore finir par abandonner tout rôle. C’est pourquoi l’amour terrestre ou plus largement les relations humaines sur terre, de personne à personne sont si compliqués. Et c’est pourquoi il est préférable de s’en tenir à l’éternel, qui n’est pas ce personnage et encore moins son histoire.

Tourner la page ne met pas un terme à l’histoire mais ne fait que la prolonger puisque c’est ce qui s’est passé dans les pages précédentes qui donne un sens à la page présente. Ranger le livre ou le jeter y met par contre un terme.

Ce qui signifie que, à chaque instant, tout ce qui est sujet à conditionnement doit être abandonné, sous peine d’alimenter toujours d’avantage le personnage et de s’éloigner toujours d’avantage de l’Être véritable. Si vous faites de votre vie une histoire vous en êtes le personnage, ce n’est pas plus compliqué. Ne faites donc rien de votre vie mais soyez la Vie. Je ne suis évidemment pas en train de vous dire que cela s’opère par un claquement de doigt bien que ce puisse être spontané chez certains, pourquoi pas, mais néanmoins, faire preuve de discernement entre ce qui nourrit/concerne la personne et la conditionne et ce qui EST l’Être véritable, n’est pas la mer à boire. C’est par contre le point de départ.

L’enfant, ou le bébé, n’est pas une page vierge, il n’est aucune page. Ses rires peuvent succéder à ses larmes sans transition, instantanément. Pourquoi ? Car il n’est rattaché à aucune histoire, à aucun personnage. Son cœur est pur car il ne porte pas le poids ni du passé ni du futur. Le retour à l’enfant intérieur ne peut donc se faire que par l’abandon du personnage. Prendre sa pelle et son sceau pour faire des châteaux de sable ne vous y aidera pas. Sur la forme l’enfant explore la matière car fraîchement incarné la priorité est de prendre possession de ce corps, ainsi que ses marques sur terre, mais sur le fond, l’enfant, c’est un cœur pur, non souillé par le passé ni par des projections futurs, pardonnant et aimant inconditionnellement. Il n’a pas à tourner de page aussi longtemps qu’il n’a pas d’histoire.

Puis la vie sur cette terre faisant, à l’image des adultes, son cœur s’alourdit de ce passé collectif et individuel et de cette “nécessité” de devenir un personnage dans le futur. Oubliant que jadis il était libre de tout conditionnement, il en vient à considérer ce conditionnement comme étant sa marque de fabrique, ce qui le différencie des autres, si bien qu’il y tient dur comme fer et y consacre le restant de ces jours, alimentant sa petite histoire personnelle.

Il lui faudra alors conscientiser que ce conditionnement est le fruit d’un passé familial, culturel et expérientielle tout à fait superficiel, si ce n’est totalement absurde, pour s’en libérer, s’il le souhaite. Superficielle car une même âme qui s’incarne en deux circonstances différentes verra naître deux personnages tout à fait différents, éventuellement en total contradiction l’un avec l’autre. Tel que nous pouvons être en total contraction entre ce que l’on prétend être et les ambitions que nous poursuivons au sein de cette seule vie (multiplication des personnages en simultané et en total incohérence les uns avec les autres en vue de « bouffer à tous les râteliers » et ce dans la plus grande inconscience). Et totalement absurde, parce que les croyances issues de la culture sont comme vous le savez, le plus souvent, aux antipodes de toute réalité. Quel que soit le moule, il vous ramène à la personne et par conséquent, quel que soit le moule, il est une aberration. Mise en moule, la vérité elle-même deviendrait une aberration. Et chercher à la mettre dans un moule serait d’ores et déjà en soi une aberration. Quel que soit le bout par lequel vous prenez le problème, vous comprenez que la liberté est au-delà de TOUT conditionnement.

Et elle nous ramène donc à l’enfant qui EST la vérité incarnée. Cet enfant qui est et restera à jamais en nous et qui se manifeste par de la douceur en le cœur. Nous ne naissons pas avec un mode d’emploi puisque nous sommes le mode d’emploi. Inutile donc de passer sa vie à le rechercher ailleurs qu’en la douceur du cœur, qui ne se trouve donc pas dans les petites histoires du petit personnage. Si la douceur en le cœur est, vous incarnez l’être véritable, si la douceur en le cœur s’en va, vous redevenez le personnage. Comme d’habitude, c’est simple comme bonjour et c’est cette simplicité qui nous permet de ne pas aller chercher midi à quatorze heure, autrement dit de ne plus nous mentir. Parce que si ne pas être H24 dans la douceur du cœur n’est pas dramatique, ne pas le reconnaître l’est un peu plus.

En ces temps où nos repères extérieurs disparaissent et continueront de disparaître jusqu’au dernier, le cœur reste et restera le seul repère fiable.